Vous dites
surprise ?
Décidément, les comoriens des trois îles se
rendront aux urnes les 10 et 24juin prochains
pour élire ceux qui auront à présider leur
destinée pour un mandat de cinq ans. Jusqu’ici,
nous osons dire que les conditions matérielles
devant permettre d’organiser ce scrutin sont
réunies. La République française vient de signer
un protocole d’accord avec le système des
nations unies portant sur la contribution de ce
pays en appui à ces élections. Ce qui apparaît
aux yeux de nombreux Comoriens comme une
garantie suffisante pour la tenue de cette
compétition électorale.
Cependant, il y a lieu de noter le flou
artistique que l’on peut qualifier sur la
manière dont se déroule la campagne. On ne
ressent pas vraiment la fièvre électorale en
pareille circonstance. Les bruits des klaxons
des voitures restent inaudibles, malgré les
bruits des sonorisations dans les quartiers
généraux des candidats. Autant souligner que la
mobilisation cède la place à ce que l’on peut
appeler le silence agissant. Les candidats
eux-mêmes préfèrent se démarquer de leurs
états-majors pour aller battre campagne.
C’est le cas de celui de la Crc, Houmed Msaidié
qui préférerait jouer en solo, n’appréciant
guère le programme établi par les quelques
miettes de ce qui a été la Crc. Inutile de
parler de la débandade d’un parti qui a soutenu
l’ancien régime du colonel Azali Assoumani. Ce
scénario est en quelque sorte le même que celui
du Front démocratique qui a renié Idriss Mohamed
en faveur de Mzé Soulé Abdou Elbak. Le Front
national de la Justice accumule aussi ces
déboires pour donner un coup de pousse aux
candidats du Ridja et celui de la mouvance Sambi.
C’est dire que véritablement, à moins de dix
jours de ce grand rendez-vous électoral, bien
malin celui qui oserait dire que tel ou tel
candidat a réussi à rassembler le maximum
d’électeurs devant lui permettre de franchir la
première étape, au regard du pléthore des
candidats.
Seulement, tenez-vous bien, toutes les
hypothèses sont possibles. Mathématiquement,
c’est Mzé Soulé ElBak qui, malgré son bilan très
contestable, part favori à cette compétition.
Quoi qu’il advienne, il fera parti du duo.
Contrairement aux autres candidats, Elbak dans
les plus de 300 bureaux de vote de Ngazidja, il
n’obtiendra pas moins d’une dizaine de voix dans
les localités où il ne sera pas bien représenté.
Il fera le plein de voix dans le Bambao ya djuwu,
au Nord de l’île, plus précisément dans les deux
régions de Mitsamiouli (Sembenoi et le Nyumakomo).
Pour battre campagne, ses partisans avaient
programmé le vendredi dernier un grand meeting à
Mdé (Bambao). Malheureusement, dame pluie
s’interposa et la rencontre n’a pas eu lieu.
Selon ses partisans, il ne lui reste qu’un seul
et dernier meeting qui se tiendra les jours qui
viennent comme la plupart de ses adversaires.
L’autre axiome, nous fait croire que si les
quelques militants et sympathisants de la Crc
fidèles au parti n’ont pas fait de la demi
mesure, Msaidié aurait beaucoup plus de chances
de hisser du haut de ce podium. Surtout, quand
les rumeurs faisant état à une éventuelle
libération de Abdou Soefo dans quelques jours se
confirment. Aussi, il pourrait compter sur des
régions qui avaient été acquises à la Crc. C’est
le cas du Oichili /Dimani où l’ancien ministre
Maoulana Charif et consort disposent d’un bon
bilan. Devons-nous oublier le Hambou ? Houmed
Msaîdié fera certes le plein de voix dans sa
région, le Mboudé, malgré la candidature de
Youssouf Saïd qui ne semblerait pas trop gêner
cet « enfant chéri du Mboudé. »
Kamar Ezamane Mohamed qui a été classé troisième
lors des élections de 2002 a encore du pain sur
la planche. Le « moutonnement » des années
passées dans le Hamamhamet, pendant la période
Taki semble étriqué. La candidature barrage de
Maoulida Mabrouk, natif de Itsandzeni dans le
Hamahamet, pourrait réduire la marge de manœuvre
de Kamar Ezamane. A Mbeni, certains intellos du
coin, à l’image de Mohamed Abdou Soimadou ne
vont plus faciliter la tâche. Ce qui laisse dire
que cette compétition électorale risque de créer
la surprise. Vient ensuite, le Dr Mtara Maécha
dont les partisans croient dur comme fer, que le
leur est bien indiqué pour briguer ce mandat.
Said Abasse Dahalalni, candidat du Mouroua, un
tout nouveau parti crée en 2005 ne semble pas
avoir pris les dimensions d’une telle
compétition, malgré ses soutiens plus ou moins
solides et son programme bien marqué par
l’engagement économique. Il ne pourrait, sauf en
cas de surprise, se placer dans le premier
carré. Le Prince Saïd Ali Kemal n’occupe pas
véritablement une position confortable dans
cette course électorale. Dans certaines
localités, il sera obligé de partager son
électorat avec son petit frère Fahami qui, lui
aussi, compte faire le plein de voix dans l’Itsandra
Ya dju. Le candidat du Ridja, lui, pourrait
comme son confrère Mzimba créer la surprise, Mr
Larifou pourrait séduire un bon nombre de jeunes
et bénéficier d’un vote massif à Foumbouni.
En tout cas celui qui veut franchir cette
première manche doit drainer derrière lui pas
moins de onze mille voix. Ce qui laisse croire
que les candidats les mieux indiqués seront ceux
qui proviennent des régions à fort électorat,
notamment le Mbadjini, Bambao et la préfecture
du Nord Ouest.
Ainsi, bien malin celui qui oserait s’aventurer
à faire des pronostics sur cette compétition
électorale que d’aucuns sachent qu’elle serait
boudée par de nombreux Comoriens. Certes, le
taux de participation sera faible que l’on ne
croit pas. A cela s’ajoute l’entrée en besogne
du mouvement citoyen qui appelle les
grand-Comoriens à voter nul. Ne devons-nous pas
nous attendre à une surprise ? Wait and see !
De K.M notre correspondant à Moroni
Kweli/01/06/07