Lettre ouverte à Son Excellence Le Président de
l'Union des Comores,
Ahmed Abdallah SAMBI.
Monsieur le Président,
Je me permets de vous adresser cette lettre et
la rendre publique pour prendre en témoin le
peuple comorien et le monde entier. Après que
mes premiers écrits à votre égard soient restés
sans réponses, je voudrais vous exposer par la
présente, mon sentiment de profonde injustice
ressentie à la suite des événements qui ont
mortellement porté atteinte, ce mois de mai
2007, à l'intégrité de ma famille et qui ont
lourdement embrasé l'île d'Anjouan et l'ensemble
du pays que vous présidez.
Monsieur le président, en application de l'arrêt
de la Cour Constitutionnelle N°07/018/CC du 26
avril 2007, constatant la vacance du pouvoir
suite à l'expiration du mandat du Chef de
l'Exécutif de l'Île Autonome d'Anjouan, vous
avez nommé mon père, Monsieur KAAMBI Houmadi, à
la tête de l'exécutif de l'Île, afin d'assurer
la gestion de la période transitoire et de
préparer les prochaines élections de l'Île.
Cette nomination a donné suite aux événements
que vous n'ignorez pas. Seulement, à en jugé par
votre attitude et celui des autorités de votre
gouvernement, il y a une dimension de ces
événements que vous avez manifestement négligée.
Il s'agit de la situation de la famille de
Monsieur KAAMBI dont la sécurité demeure encore
incertaine.
Je voudrais vous rappeler que pendant que les
troubles perpétrés par les miliciens de Mohamed
Bacar avaient atteint leur niveau de guerre
civil, ces derniers ont exercé une forte
pression d'intimidation et de harcèlement sur
les proches parents de Monsieur KAAMBI, en
l'occurrence sur sa mère, une personne âgée,
fragile et sans défense, jusqu'à provoquer sa
mort par une crise cardiaque.
Monsieur KAAMBI Houmadi, ancien président par
intérim que vous avez nommé avant de revenir sur
votre décision sous la pression de Mohamed Bacar,
n'a pas pu assister à l'enterrement de sa très
chère mère tout comme ses autres frères qui se
trouvaient à l'extérieur de l'île d'Anjouan.
Je souhaite donc par la présente, attirer votre
attention sur la situation alarmante des droits
de l'homme de la famille KAAMBI et de plusieurs
autres personnes qui sont en désaccord avec le
maître de l'île et ses acolytes… Cette famille
courageuse fait l'objet depuis quelques jours
d'un harcèlement constant : téléphones coupés,
surveillance systématique, entraves à la liberté
de circulation, agressions, saccage… Faut-il
vous rappeler au passage que Monsieur KAAMBI
Houmadi n'a toujours pas pu rejoindre sa famille
endeuillée pour partager avec elle, la perte
tragique de sa chère mère, tant les menaces qui
pèsent sur lui ne cessent d'augmenter ?
Je viens auprès de vous, en mon et au nom de
toute ma famille, vous demander de mandater, le
plus vite possible, une mission d'information
pour recueillir des nouvelles de mon père et de
sa femme qui reste toujours cachés suite aux
menaces de mort qui continuent à peser sur eux,
mais également de témoigner de l'état de santé
et d'intimidation plus qu'alarmant des autres
membres de ma famille. Je vous saurais gré de
demander ainsi aux autorités d'Anjouan de faire
cesser le harcèlement contre ma famille et
contre les proches de mon père.
Je demande la mise en place d'une mission qui
doit enquêter sur les exactions perpétrées à
l'encontre de ma famille afin de retrouver ses
auteurs et déterminer les responsabilités sur
ces actes barbares de type « djandjawidien »,
pour que plus jamais un citoyen comorien ne
puisse être victime de tels sévices au mépris de
tout droit à la personne humaine.
Monsieur le président, je me permets de vous
rappeler que le peuple comorien, fier et
courageux, a reconnu en mon père, Monsieur
KAAMBI Houmadi, un grand homme, intègre et
attaché, comme lui d'ailleurs, à des valeurs
profondes de liberté, de démocratie et de paix.
Il lui a donné sa confiance en l'élisant députée
au suffrage direct, puis président de
l'assemblée de l'île autonome d'Anjouan au
suffrage indirect. Monsieur KAAMBI demeure,
démocratiquement jusqu'à la fin de la
législature, le deuxième magistrat de l'île d'Anjouan
reconnu par les institutions.
Il est un homme politique à la fois discret et
pragmatique, soucieux de la charge de ses
responsabilités et de l'intérêt général de la
nation. Il est intimement convaincu qu'il peut
et doit
briser le système de corruption et de violence
qui paralyse Anjouan ; qu'il peut changer
beaucoup de choses pour son peuple.
Je souhaite par ailleurs, exprimer mon entière
solidarité à l'égard de toutes les victimes du
régime fasciste de Mohamed Bacar qui sombrent
dans l'oubli : déplacés, disparus, torturés,
personnes humaines réduites à l'état d'objets
d'une violence multiforme.
Je voudrais également m'adresser aux familles
des soldats de la patrie, morts aux combats pour
défendre l'intégrité de notre pays, et leur dire
qu'en ces circonstances très douloureuses, je
leur exprime en mon nom et nom de ma famille,
notre solidarité ainsi que nos plus sincères
condoléances pour la disparition tragique de
leurs chers biens aimés.
Aux médias comoriens comme à ceux du reste du
monde, je vous demande d'être attentifs et de
faire en sorte que le peuple comorien ne puisse
se faire tromper par des personnes
malintentionnées, au moyen d'une manipulation et
une désinformation, comme ont pu le voir dans le
passé. Je vous demande de continuer à œuvrer
pour que les libertés individuelles du peuple
comorien puissent être garanties, pour que ce
peuple vaillant puisse combattre ses ennemies de
l'intérieur et de l'extérieur, et qu'il puisse
poursuivre sa lutte pour la liberté.
Je voudrais par la présente, témoigner de mon
respect et remercier la communauté
internationale pour ses efforts dans la
recherche d'une solution pacifique à ce conflit
armé. Je demande à l'Union Africaine de
poursuivre sur la voie engagée, sa position de
fermeté dans le dialogue,
jusqu'à
l'aboutissement au rétablissement définitif de
la légalité institutionnelle, des libertés
individuelles et de la justice. La présence de
l'UA doit être l'occasion d'arrêter et de faire
traduire en justice tous les responsables des
crimes et des exactions sur la population et, le
moment d'éradiquer à jamais le fléau
insurrectionnel qui empoisonne notre pays.
Messieurs les responsables de la communauté
internationale, les Comoriens n'attendront pas
encore les prochaines échéances électorales et
des nouveaux observateurs militaires de l'UA
pour vivre un air de paix, de droit et de
liberté…
En tant que famille de Monsieur Houmadi KAAMBI,
nous restons cependant vigilants et réservés
quant à la pertinence de l'accord signé le 2 mai
dernier, notamment au remplacement du colonel
Mohamed Bacar par son bras droit. Il n'a échappé
à personne que son régime reste encore intact et
ses acolytes toujours armés et dangereux.
À la République française, dont des enfants de
KAAMBI sont des citoyens, et à son nouveau
président, nous demandons de rompre avec ses
méthodes du passé, de mettre fin à son soutien
au séparatisme anjouanais et faire respecter,
car elle en a les moyens, les valeurs humaines
et républicaines dont elle se targue souvent
d'en être le porte-drapeau. Nous sollicitons au
nouveau président de la république française de
prolonger « sa rupture » jusqu'aux relations
avec les Comores et de faire cesser la violation
des libertés humaines dans l'île d'Anjouan.
Monsieur le président de la république
française, compte tenu de votre
fidélité à l'identité et aux valeurs de votre
pays, et
en vertu des relations privilégiées que la
France entretient avec les Comores, nous vous
demandons d'user de votre influence pour aider à
la sécurisation des populations et à la
stabilité de ce pays.
Priver de liberté ceux qui veulent contribuer au
développement, à la paix, à l'équité et à la
démocratie d'un pays, est inacceptable. Les
assoiffés du pouvoir doivent comprendre qu'il
n'est plus possible de prendre tout un peuple en
otage… Je me demande combien de vies doivent
encore se perdre, et combien de sang doit encore
couler pour qu'on se décide d'intervenir de
manière ferme et exemplaire, qu'on arrive à
faire régner une paix définitive à Anjouan ?
Votre Excellence, Monsieur le Président de
l'Union des Comores, convaincus de votre
attachement aux valeurs de liberté et de droits
de l'Homme, je vous prie de considérer ma
sollicitation et de prendre plus rapidement
toute initiative permettant de trouver une issue
rapide à la situation de Monsieur KAAMBI et sa
ma famille.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président,
l'expression de ma plus haute considération.
Paris, le 10 mai 2007.
Monsieur KAAMBI Abdel-Latuf, au nom de toute la
famille.
Cette lettre a été adressée à la rédaction de
kweli par voie électronique, elle a été publiée
intégralement.