Mission quasi-impossible pour le candidat de
Djawabu
Youssouf Said Soilih s’est
toujours présenté comme l’héritier d’Ali Soilih. Vice-président
de l’Assemblée de l’Union et maire de Ntasaoueni, sa ville
natale depuis 2004, il se lance pour la première fois à la
course de l’élection présidentielle de Ngazidja. Il espère donc
faire mieux qu’aux élections de l’Union de 2002 où il était
arrivé 6ème et avait obtenu le score de 6,37%. A plus
d’un moins du premier tour du scrutin, l’équipe de Kweli a jugé
utile de vous présenter la personnalité de Youssouf Said Soilih
ainsi que les atouts et les faiblesses da sa candidature.
Né en 1957 à Ntsaoueni
dans le Mboudé, Youssouf Said Soilihi a découvert très tôt la
politique au moment de la révolution d’Ali Soilih de 1975. Il
l’a aussitôt embrassée. En 1976, il est nommé secrétaire général
du Comité populaire régional de Ngazidja avant de devenir en
1977, membre du bureau exécutif du Comité populaire national.
Quelques mois avant la chute du régime soilihiste, Youssouf Said,
sortant alors de terminal, obtint une bourse d’État pour
poursuivre ses études en Algérie. Mais après le renversement du
régime du Mongozi par les mercenaires de Bob Denard, il a choisi
de s’installer en France et s’inscrire en Économie à
l’Université de Montpellier II d’où il sortira, quelques années
plus tard, avec un doctorat en Sciences économiques.
A l’instar de beaucoup de
jeunes cadres comoriens, Youssouf Said Soilih a décidé de
retourner définitivement aux pays après le coup d’État de
novembre 1989 renversant le régime jugé autoritaire du président
Ahmed Abdallah Abdérémane. Avec d’autres jeunes cadres comme
Said Abdallah Mchangama, Houmed Msaidié et son ex-épouse, Mme
Aboudou Ralia, l’ancien membre du Comité populaire forme le club
de réflexion DPA( Discussion, Proposition, Action) qui deviendra
peu de temps après le parti Mwangaza. Ce parti soutiendra
activement la politique du président Said Mohamed Djohar. Mais à
la différence des ses amis qui vont participer aux gouvernements
successifs de Djohar, Youssouf Said, lui, décrochera un poste au
Pnud, bien sûr avec la bénédiction des autorités de l’époque,
qui lui propulsera à la scène internationale.
En effet, Youssouf Said
Soilih travaillait jusqu’en 2000 comme fonctionnaire de l’Agence
Intergouvernementale de la francophonie au Gabon, à Genève puis
à paris. Il a dû démissionner de ses fonctions lorsqu’il a
décidé de s’investir en politique et de créer son propre parti,
le Djawabu. Se présentant comme l’héritier du soilihisme,
Ysoussouf Said a été rejoint par un nombre de jeunes patriotes,
à l’esprit révolutionnaire et surtout dévoués pour la question
de l’unité nationale.
Mais, malgré ses énormes
qualités intellectuelles, sa carrière professionnelle que l’on
peut qualifier de brillante à juste titre et son engagement
total pour le soilihisme, Youssouf Said Soilih reste une homme
politique plutôt imprévisible, voire ambigu et aux convictions
oscillantes. C’est en tout cas son gros problème aujourd’hui, et
c’est ce qui fait qu’il a du mal à rassembler du monde autours
de lui et de son parti. La perte d’image du parti Djawabu est
très révélatrice. Peu de personnes aujourd’hui pensent que ce
parti défend les idées d’Ali Soilih. Et par conséquent, il est
perçu comme un parti comme les autres qui poursuivent les
ambitions personnelles des dirigeants.
Regardant la position
politique et sociale de Youssouf Said Soilih, on s’aperçoit
clairement des contradictions majeures avec les convictions du
chef révolutionnaire comorien. D’abord, pour se faire accepter à
Ntsaoueni, sa ville natale, et se forger une image d'homme
politique, Youssouf Said Soilih a dû transgresser la « loi
révolutionnaire » qui avait interdit le grand-mariage et qui le
considèrait comme incompatible socialement et économiquement
avec le régime révolutionnaire.
Ensuite, malgré leur
attachement à l’unité nationale, Youssouf Said et le Djawabu ont
participé activement à la promotion de la constitution
comorienne d’aujourd’hui qui, tout le monde le sait est une
catastrophe pour les Comores. On disait à l’époque très
naïvement que le plus important c’était de se débarrasser du
colonel Azali.
Depuis 2002, le parti
Djawabu et son leader partagent les responsabilités politiques
du pays, dans l’île de Ngazidja comme dans l’Union. Et pourtant,
que cela soit au gouvernement de Ngazidja où le Djawabu a été
longtemps représenté ou à l’Assemblée de l’Union dont la
vice-présidence est confiée, par consensus, à M. Youssouf Said
Soilih la marque révolutionnaire ne s’est toujours pas faite.
Mais la liquidation idéologique de Djawabu a été perçue par plus
d’un en 2006 notamment lorsque le parti a eu l’ « audace » de
vouloir faire chemin ensemble avec le colonel Azali Assoumani.
Certains cadres et militants du parti n’avaient pas caché leur
colère à l’égard de leur leader. Ils avaient dénoncé « un pacte
avec le diable » qu’ils ont combattu pendant plusieurs années.
Aujourd’hui, Youssouf Said Soilih souhaite
diriger l’île de la Grande-Comore. Toute la question est de
savoir comment va-t-il procéder pour faire gagner un parti qui
semble avoir perdu son image de marque dans tout le pays ?
L’attachement au soilihisme pour les nostalgiques
ne passe plus. Il faut donc reconnaître que la mission de
Youssouf Said soilih et ses amis durant les prochaines semaines
va être très difficile, voire quasi-impossible. Il faut noter
également deux grandes complications pour la candidature des
Djawabu: la concurrence très rude qui lui est imposée par le CRC,
son allié de 2006, qui l’envoie M. Msaïdié dans le Mboudé ; et
puis les hostilités illégitimes, précisons-le, cultivées depuis
plusieurs mois à Ntsaoueni à l’égard de la personnalité du
maire, Youssouf Said Soilih.
Réagissez à cet article.
Kweli/03/05/07
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