Ce que la diaspora attend des candidats
Nul n’ignore
l’importance de la communauté comorienne vivant à
l’extérieur. Un comorien sur quatre vivrait aujourd’hui
à l’étranger. Mais c’est en France où l’on trouve, pour
des raisons évidentes liées à l’histoire des deux pays,
l’immense majorité de ces expatriés. L’archipel des
Comores était en fait une colonie française pendant près
de cent quarante ans. Même après l’indépendance des
Comores en 1975, leurs relations sont restées étroites,
malgré le contentieux permanent qui les oppose
concernant l’île de Mayotte. Un foyer comorien sur deux
compte au moins une personne qui vit et travaille dans
cette ancienne puissance coloniale.
À Marseille par
exemple, ville que l’on surnomme parfois la deuxième
capitale des Comores, le nombre de ressortissants
comoriens se situe entre 60 000 et 70 000 âmes.
Ils restent tous
particulièrement attachés à leur pays d’origine. Leurs
envois réguliers d’argent et de matériels aux proches
vivant aux Comores pallient en grande partie la
déficience de l’État comorien. On estime à plus de 50
millions d’euros la valeurs de tout ce que la diaspora
comorienne envoie au Comores chaque année.
Mais tous ces
expatriés se sentent délaissés, abandonnés. Ils ont
l’impression de ne plus appartenir à un Etat, encore
moins à une île. Et pourtant, c’est en France, auprès de
la diaspora que toutes les campagnes électorales
débutent, car chaque comorien vivant en France dispose
d’une voix audible devant sa famille, au sens large du
terme, restée au pays. Des promesses et toujours des
promesses à leur endroit, mais ils n’ont jamais rien vu
venir.
La
diaspora demande à être entendue et soutenue
Le 19 novembre 2006, par
exemple, lors du premier meeting de pré-campagne de
Ridja à Marseille, son leader, Me Said Larifou a encore
lâché les promesses : des règles douanières très
assouplies et un billet d’avion qui ne dépasserait pas
les 800 euros. Et encore une fois, les Comoriens ont cru
et applaudi.
Aujourd’hui,
l’exigence est forte. La diaspora demande à être
entendue et soutenue par les autorités du pays. Le rôle
des îles dans ce sens est indispensable, c’est pour cela
que nous souhaitons mettre la question de cette diaspora
au cœur de la campagne électorale.
N’oublions pas que les
Comoriens de France demeurent de loin les premiers
bailleurs de fonds de l’archipel. Ils ont les moyens
d’aider les Comores à se développer. Et ils le
démontrent quotidiennement. Il leur manque juste un Etat
responsable, volontariste, capable de parrainer leurs
projets de co-développement.
Dans une tribune libre,
publiée le 22 juin 2006 par Saïd Ahamada Mboussouri,
Président fondateur de la Chambre de commerce
franco-comorienne (CCFC), intitulée, recommandations
au président de l’Union des Comores, il est fait
état de plusieurs propositions intéressantes en faveur
de la diaspora. Il préconise par exemple l’incitation à
l’investissement collectif, l’encouragement par l’Etat
de l’investissement productif et surtout la création de
nouveaux liens entre les Comoriens de l’étranger et les
Comores. A défaut de réponses concrètes de la part de l’Etat,
il revient donc aux îles autonomes de s’en saisir. Pas
pour agir au-delà de leurs compétences, mais simplement
pour contribuer à la création et à la réalisation de ses
projets.
On ne peut pas faire
l’impasse sur cette forte population émigrée qui
n’aspire qu’à une chose : que les Comores retrouvent un
climat de confiance et de paix sociale pour qu’ils y
investissent et aient le choix de vivre en France ou aux
Comores. Ce choix est jusqu’à présent imposé par la
misère, la désorganisation et surtout par la mauvaise
gouvernance de notre pays.
Voilà pourquoi les
Comoriens de France exigent que chaque candidat aux
élections présidentielles des îles dévoile son projet et
ses intentions en direction de la diaspora en général et
de celle de France en particulier.
Réagissez à cet article.
Ali
Mmadi, auteur de:
« Au nom des
îles », Éditions Belles Pages.
kweli
/25/05/07