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Mzé Soulé Elbak
peut-il gouverner encore pour 5 ans?
Mzé
Abdou Soulé Elbak est né en 1954 à Moroni, la
capitale des Comores. Son parcours scolaire est ordinaire
sauf qu’il a effectué ses études secondaires en Arabie
saoudite, où il a obtenu en 1981 l’équivalent arabe du
baccalauréat. Quelques années après, il a été diplômé d’une
maîtrise d’anglais à l’Université islamique de Médine.
Rentré aux Comores au milieu des années 1980, Mzé Soulé
Elbak a débuté sa carrière au Centre National de
Documentation et de Recherche Scientifique (CNDRS) en tant
que traducteur. Il intègre aussi le lycée Said Mohamed
Chaikh en tant que professeur d’anglais, un poste qu’il
n’occupera que pendant un an. Fin des années 1980, il est
nommé traducteur et responsable des ONG au ministère
comorien des Affaires étrangères et de la Coopération.
Tous ceux qui ont rencontré Mzé Soulé
Elbak peuvent témoigner que c’est un homme très fort, aux
allures de boxeur et qui a réussi à se créer la réputation
de défenseur des faibles et des déshérités. C’est ce qui lui
a permis d’être élu député de Moroni en 1992 contre l’un des
puissants de l’époque M. Said Abdallah Mchangama. Son
passage au palais du peuple lui ainsi permis d’affirmer sa
personnalité : un homme combatif, n’hésitant pas à bousculer
à l’occasion les civilités parlementaires pour défendre ses
arguments.
Mzé Abdou Soulé
Elbak, c’est aussi un agent de Voyage, un businessman.
Il avait fondé une société familiale dont l’activité
principale était l’organisation du pèlerinage à la Mecque.
D’ailleurs pour son élection de 2002, il doit beaucoup à
cette activité qui l’a rendu célèbre auprès de la population
comorienne.
Sauf que 5 ans après on élection,
l’image de
Mzé Abdou Soulé Elbak
ne s’est pas consolidée. Il paraît plus un homme du système
que celui de rupture et du changement qu’il représentait. Ce
qui veut dire que pour lui, la réélection semble plus
compliquée.
Mais, véritable animal politique, Mzé
Abdou Soulé Elbak jouit cependant d’une certaine popularité,
particulièrement dans les villages les plus reculés de
Ngazidja. Durant son mandat, il a procédé à la promotion de
nombreux cadres issus de la campagne. Jadis patron d’une
agence de voyage spécialiste ès pèlerinages, il a aussi la
réputation d’un homme généreux et magnanime, notamment
auprès des plus de 55 ans.
Mais,
ses deux plus grands atouts restent ce pouvoir qu’il
continue toujours d’exercer et les moyens financiers
colossaux dont il dispose. Il est le seul candidat à pouvoir
compter sur sa propre cassette pour battre campagne. Ses 5
ans au pouvoir lui ont, en effet, permis de se faire une
fortune inestimable.
M. Elbak dispose, en outre, de
certaines grosses agglomérations où il peut espérer
engranger plus de 60% du suffrage local, notamment Mvouni,
Ntsinimoipanga et, dans une moindre mesure, Mdé Bambao.
L'entourage d'Elbak s’est grassement enrichi
Malgré cela, Mzé Abdou Soulé Elbak part
avec un très lourd handicap : un bilan pour le moins
catastrophique. Aucune de ses nombreuses promesses
électorales n’a, en effet, été tenue. On lui reproche, entre
autres, une concentration du pouvoir (avec notamment des
ministres inamovibles malgré leur incapacité notoire), une
kyrielle de conseillers dont la nécessité ne se justifiait
guère, un certain copinage dans les nominations, une gestion
opaque des deniers publics,….Son entourage s’est grassement
enrichi et lui-même s’est révélé moins un parangon de vertu.
Les prérogatives constitutionnelles qu’il a tant réclamées à
l’exécutif de l’Union n’ont finalement servi qu’à ses
proches.
L’autre handicap du président sortant
est l’assoupissement de son appareil politique, le
PCDP-Djamnazi. S’il est vrai que le parti a enregistré des
recrutements ces derniers temps pour une raison évidente (le
partage du pouvoir), son implantation dans l’île reste
toujours très faible. M. Ali Mroudjaé, père spirituel de Mzé
Soulé Elbak et chef de file du PCDP, a laissé de très
mauvais souvenirs à l’opinion pour réussir aujourd’hui à se
faire une nouvelle virginité.
Mais, la grande question est
aujourd’hui la capacité du candidat à présider aux destinées
de l’île les cinq prochaines années. En public, on pose
ouvertement le problème de son état de santé. Certains de
ses proches l’auraient d’ailleurs conseillé de quitter la
politique au terme de ce mandat. Souvent appelé à subir des
soins intensifs à l’extérieur ces derniers mois, M. Elbak
aurait échappé de peu à une hémiplégie. Reste maintenant à
savoir si la cour constitutionnelle sera exigeante sue cette
question pour réclamer un bulletin complet de santé à tous
les candidats. De toute façon, les électeurs ont le droit
d’avoir toute la lumière sur la personne de leurs
dirigeants. Réagissez
Kweli/17/04/07
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