Pendant un demi siècle, les Comores ont
vu leurs gouvernants changer de visages à plusieurs reprises.
C’est en tout cas l’analyse que produit M’sa Ali Djamal dans son
livre intitulé : « lutte de pouvoir aux Comores » paru aux
éditions de la Lune.
Notables traditionnels, notables professionnalisés et politiques
professionnels. Voilà les trois catégories d’acteurs qui, selon
M’sa Ali Djamal, ont dominé l’espace publique de notre pays
pendant les cinquante dernières années.
Les premiers, issus du seul champ coutumier, occupent un rang
important dans la hiérarchie sociale, grâce à leur statut
d’hommes accomplis obtenu après réalisation du grand-mariage.
Dans cette analyse, l’auteur les écarte de l’exercice du pouvoir
politique, mais qualifie de notables professionnalisés ceux qui
ont « su s’adapter des règles du jeu politique et développer
leur espace vers la politique ». Dans cette dernière catégorie
on intègre les deux générations qui ont gouverné les Comores de
1961 à 1999.
Quant aux politiques professionnels dont l’icône principale est
le Colonel Azali, ce sont, selon M’sa Ali Djamal, des agents
politiques disposant d’un important capital culturel, mais aussi
issus des milieux moyen et populaire. « Leur avènement
correspond, écrit-il, à la disqualification de la classe des
notables professionnalisés ». D’où la l’émergence d’un espace
de concurrence entre ces deux classes politiques.
Cette analyse pourtant juste et indispensable contient quelques
confusions, notamment sur le choix des critères de classement.
On est assez surpris de constater que l’auteur se base sur le
côté générationnel pour opérer les distinctions sans tenir
suffisamment compte des parcours professionnels ni des
engagements militants des uns et des autres. C’est d’ailleurs
pour cela et à cause de cela que les générations de Said Mohamad
Cheikh, d’Ahmed Abdallah et de Mohamed Taki se trouvent, malgré
des investissements politiques exceptionnels, intégrer parmi les
notables professionnalisés. En réalité, ils étaient hommes
politiques avant d’être notables. Et paradoxalement, ce sont les
technocrates qui ne connaissent rien en politique et qui n’ont
jamais affronté l’opinion que l’auteur qualifie admirablement de
politiques professionnels, sous prétexte que « la plupart
d’entre eux ne se sont pas soumis aux visions et divisions de
l’institution coutumière ».
Que dire d’Ali Soilih qui fait partie de la génération des
notables professionnalisés, mais qui ne s’est jamais plié aux
règles de la tradition ? Que dire également des membres très
influents de la nouvelle génération politique qui considèrent le
grand-mariage comme un passage obligé ? Tout cela est loin
d’être clair aujourd’hui. Dans tous les cas, le débat ne fait
que commencer.
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